La jeunesse et les médias
Senior 6 · French (Literary)
La jeunesse et les médias
Lesson 3 of 4
55 min
Ce vers est l'un des plus cités de la poésie française. Il ouvre un poème qu'Arthur Rimbaud a écrit le 29 septembre 1870, à quinze ans, et qui parle de ce que vivent, d'un siècle à l'autre, toutes les jeunesses : l'envie de sortir, l'ivresse d'un soir d'été, un amour qui commence et finit en quelques semaines. Ce texte vous servira à apprendre le second grand exercice d'analyse littéraire : le commentaire composé.
Definition
le commentaire composé : l'analyse d'un texte organisée selon un plan thématique de deux ou trois axes (grandes parties), chacun divisé en sous-parties. Contrairement à l'explication linéaire, il ne suit pas l'ordre du texte : il regroupe les remarques par idées, pour répondre à une problématique.
I
On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
— Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
— On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, — la ville n'est pas loin, —
A des parfums de vigne et des parfums de bière…II
— Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…III
Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
— Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux-col effrayant de son père…
Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif…
— Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. — Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
— Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire… !
— Ce soir-là,… — vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
— On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.29 septembre 1870.
Lexique. foin de : assez de, au diable ; un bock : un verre de bière ; la promenade : l'allée plantée d'arbres d'une petite ville ; griser : enivrer légèrement ; Robinsonner : mot inventé sur Robinson Crusoé, « partir à l'aventure » ; le faux-col : col amovible d'une chemise d'homme ; une cavatine : un air chanté ; loué : retenu, « occupé » (le cœur est pris, comme un logement loué).

« Arthur Rimbaud, Roman », lu par Denis Podalydès, de la Comédie-Française (enregistrement de l'Anthologie de la poésie de langue française, Frémeaux). Écoutez comment la voix change entre la partie I, enchantée, et la partie IV, ironique.
| Explication de texte (unité 2) | Commentaire composé | |
|---|---|---|
| Ordre | suit le texte, mouvement par mouvement | suit un plan d'idées : 2 ou 3 axes |
| Introduction | situer, présenter, lire, problématique, mouvements | amorce, présentation, problématique, annonce des axes |
| Risque principal | la paraphrase | le catalogue de procédés sans idée directrice |
| Épreuve | surtout à l'oral | surtout à l'écrit |
Worked example
Une introduction modèle
Le roman sentimental a nourri les rêves de générations d'adolescents. En 1870, un lycéen de Charleville âgé de quinze ans, Arthur Rimbaud, écrit un poème qu'il intitule justement « Roman ». En quatre parties numérotées comme des chapitres, il raconte les sorties d'un jeune homme de dix-sept ans, un soir de juin, puis un amour bref et déçu. Nous nous demanderons comment Rimbaud fait de l'adolescence un « roman » à la fois enchanté et ironique. Nous verrons d'abord l'élan d'une jeunesse qui s'évade, puis le récit amusé d'un amour qui tourne court.
Worked example
Une sous-partie rédigée (II. B : l'échec et le ridicule)
L'amour du jeune homme est vite présenté comme ridicule. La demoiselle le trouve « immensément naïf » : l'adverbe hyperbolique souligne l'écart entre le héros et celle qu'il croit séduire. Le vers « Sur vos lèvres alors meurent les cavatines » transforme sa déclaration en un chant d'opéra qui s'éteint avant d'être entendu. Dans la partie IV, la répétition « Vous êtes amoureux. […] Vous êtes amoureux » mime l'obsession, tandis que la majuscule de « La font rire » divinise ironiquement la jeune fille. Enfin, le passage du « on » au « vous » met le personnage à distance : le poète regarde son héros avec un sourire, comme un adulte se souvient de ses dix-sept ans.
Tip
Les procédés de « Roman » à exploiter. Les diminutifs (« petit chiffon », « petite branche », « petite bête », « petites bottines ») disent la tendresse et la légèreté ; les tirets et points de suspension donnent le ton d'une confidence orale et d'une rêverie ; le néologisme « Robinsonne » fait du cœur un aventurier ; la structure circulaire (le premier vers revient à la fin, les « cafés éclatants » et les « bocks » reviennent) montre que tout recommence.
Worked example
Une conclusion modèle
Rimbaud célèbre la liberté d'une jeunesse grisée par la nature et par ses propres rêves, mais il raconte aussi, avec une ironie tendre, un amour tiré des livres plus que de la vie. Le titre « Roman » prend alors tout son sens : l'adolescent vit sa vie comme un roman, et le poète, à peine plus âgé, s'en amuse déjà. Plus d'un siècle plus tard, Léo Ferré mettra ce poème en chanson : preuve que chaque génération de dix-sept ans s'y reconnaît.
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Practice
Sources and credits